| Développement
urbain des pays du sud en 2030 |
30
juin 2005
- Pays
du Sud : un développement urbain moins intense que
prévu en 2030
Les
prévisions démographiques
et urbaines établies par l'ONU sont aujourd'hui largement
utilisées, notamment dans l'estimation d'autres tendances
globales, telles que la pauvreté, la consommation d'énergie,
etc. Cependant, elles apparaissent avoir été surévaluées
par le passé, en particulier pour les pays en développement.
Un démographe de l'IRD propose d'utiliser un autre modèle
de mesure des concentrations urbaines qui, à la différence
de celui de l'ONU, suit une approche historique du développement
de ces concentrations, propre à chaque pays.
D'après ce nouveau modèle, les prévisions de l'ONU à l'horizon
2030 auraient surestimé la population urbaine mondiale d'un milliard.
En Afrique et en Asie, les populations pourraient ainsi rester beaucoup plus
rurales que prévu, ce qui amène à revoir les politiques
environnementales et les tendances démographiques envisagées à cette échéance.
Depuis septembre 2000, date de signature de la déclaration du millénaire
initiée par l'ONU, les Etats doivent oeuvrer pour réduire la pauvreté et
favoriser la croissance économique mondiale dans les décennies à venir.
Dans les réflexions engagées pour répondre à ces
objectifs, les questions de croissance démographique et urbaine occupent
une place prépondérante. L'urbanisation, qui représente
un indicateur clé de la globalisation actuelle du monde, sert de plus
en plus à prévoir d'autres tendances étudiées à l'échelle
de la planète, telles que la pauvreté, la consommation d'énergie,
l'environnement et les ressources, etc.
L'organisation des Nations Unies dispose d'une banque de données démographiques
unique, qui résulte de la collecte d'une grande quantité d'informations
issue de tous les pays du globe. Elle élabore et publie régulièrement
des perspectives d'urbanisation mondiale qui constituent une source incontournable
de données et d'analyse de ce processus. Cependant, bien que l'importance
de ce travail soit unanimement reconnu, des travaux de démographes et
de géographes soulèvent de nombreuses critiques à l'égard
de ces projections urbaines. Celles-ci semblent avoir surestimé la croissance
des villes sur la période de projection, en particulier pour les pays
en voie de développement. C'est ce qu'a notamment observé en Afrique
de l'Ouest Philippe Bocquier, démographe à l'IRD, qui étudie
depuis 1992 les phénomènes de migration et d'urbanisation dans
cette région. Selon lui, cette surestimation résulte en particulier
des méthodes de calcul utilisées par l'ONU pour extrapoler les
données manquantes sur le développement urbain depuis les années
1950 ou prévoir les tendances futures. Le modèle onusien, centré sur
une vision occidentale du développement, suppose en effet que l'ensemble
des pays du monde suive les mêmes étapes du processus d'urbanisation
que les pays développés. Or, ce modèle, qui n'ajuste pas
toujours bien les tendances observées dans les pays développés,
amène également à surestimer la vitesse et l'ampleur du
processus de concentration urbaine dans les pays du Sud. Philippe Bocquier propose
donc un autre modèle de traitement des données, fondé sur
l'historique du passage d'un mode de vie rural à un mode de vie urbain
de chaque pays, ceux-ci effectuant la transition urbaine à leur propre
rythme. L'Europe et l'Amérique du Nord ont en effet mis deux siècles
pour parvenir à leur degré actuel d'urbanisation, alors que certains
pays comme le Japon ou Taïwan ont atteint un niveau semblable en moins de
50 ans. Cette approche permet en outre d'évaluer le degré d'urbanisation
de chaque pays en fonction des données disponibles dans chaque cas et,
ainsi, de diminuer les erreurs d'estimation .
Selon ce nouveau modèle, la proportion d'individus vivant dans des villes à l'échelle
de la planète serait de 49,2% à l'horizon 2030, contre 60,8% d'après
les estimations de l'ONU. Cela signifie que la population urbaine pourrait alors
compter un milliard d'individus de moins que prévu. En 2030, la majorité de
la population des pays en développement ne serait pas urbaine : 55,4%
des individus vivraient encore en milieu rural, notamment en Afrique (à 59,5%)
et en Asie (à 59,0%). Par ailleurs, ces nouvelles estimations laissent
présager que l'urbanisation pourrait atteindre son seuil de saturation
plus rapidement que prévu (peu après 2030). Ce seuil théorique,
qui correspond ici au maximum de la capacité urbaine d'un pays en fonction
de son développement économique, est atteint lorsque la transition
urbaine est achevée. Ainsi, dix grand pays en développement, représentant
18,8% de la population mondiale contribueraient à eux seuls à plus
de la moitié de la croissance urbaine mondiale entre 2025 et 2030. La
plupart des pays du monde auraient déjà atteint leur seuil de saturation
urbaine et ne participeraient par conséquent que faiblement à la
croissance urbaine mondiale après 2030.
Alors que les projections issues du modèle proposé révèlent
la persistance d'importantes inégalités de développement
dans le monde à cette échéance, elles impliquent également
une révision des estimations concernant les caractéristiques de
la population mondiale. En effet, le mode de vie urbain étant souvent
considéré comme déterminant dans la rapidité des
changements démographiques, la réduction de la mortalité et
de la fécondité dans les pays en voie de développement pourrait
ne pas être aussi importante que prévu. Par ailleurs, ces nouvelles
projections ont des conséquences non négligeables sur les politiques
environnementales : dans un monde moins urbanisé, les pays développés
resteraient les principaux responsables des émissions de gaz à effet
de serre, l'essentiel des ressources naturelles demeurant localisé dans
les régions du Sud.
Sources
: IRD - Futura Sciences
>
voir le compteur en
temps réel de la population mondiale
> voir la carte
des grandes villes du monde
> voir la liste
des grandes villes du monde
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