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11 juillet 2007 - Journée Mondiale de la Population 2007
Dans les taudis du Caire, l'important, c'est d'avoir un toit LE CAIRE (Égypte) - Feryal El Sayed a son « chez soi » : elle vit depuis 15 ans dans un logement consistant d'une minuscule pièce carrée, à peine assez grande pour un lit et deux sièges, et d'un espace encore plus exigu faisant office de cuisine et de salle de bain. Aux murs, parois branlantes peintes en bleu : autour d'un miroir, des photos de son mari aujourd'hui décédé, de ses trois fils et de leurs enfants, une petite armoire à pharmacie et une photo de coucher de soleil provenant d'un vieux calendrier d'âge indéterminé. Le toit de son logis, confectionné de matériaux de fortune, se désintègre et des feuilles de plastique sont tendues sous le plafond pour retenir les débris qui s'en détachent. Le sort de Mme El Sayed, 62 ans, est cependant plus enviable que celui de certains de ses voisins du District 3 d'Ezbet El Haggana, qui n'ont purement et simplement pas de toit et qui, par temps de pluie, sont contraints de dormir sous leur lit. Ezbet El Haggana, vaste taudis du nord-est du Caire, est une des plus grandes « zones informelles » ( ashwaiyat ) entourant la ville. Comptant plus d'un million d'habitants, c'est l'une des quelques localités où les plus pauvres parmi les pauvres de l'Égypte peuvent se payer une forme de logement. Mais ils ont aussi des câbles à haute tension qui bourdonnent constamment au dessus de leur tête, des eaux usées qui suintent et s'infiltrent sous leurs pieds et ils respirent la fumée dégagée par la combustion des ordures, autant de rappels des dangers auxquels ils sont exposés en permanence. La population du Caire a pratiquement doublé en 30 ans et, de 6,4 millions d'habitants en 1975, est passée en 2005 à 11,1 millions. Ezbet El Haggana, comme beaucoup des zones informelles du Caire, date des années 60, mais l'explosion de sa population n'est venue qu'à la fin des années 80 et au début des années 90, sous l'effet notamment d'une augmentation parallèle de la population du Caire et de l'établissement d'une gare d'autocars à proximité. « En plus de toutes sortes de maladies, il y a toujours des incendies dans ces maisons, à cause des lignes à haute tension », dit Hazem Hassan de l'Institution Al-Shehab pour le développement intégré, organisation de base qui aide les habitants d'Ezbet El Haggana depuis 2001. L'organisation Al-Shehab prévoit, c'est là son tout dernier projet, de construire de nouveaux toits pour 50 des logements les plus menacés du district, dont celui de Mme El Sayed. Les toits, fabriqués spécialement pour l'occasion, sont suffisamment épais pour isoler les habitants du bourdonnement des câbles à haute tension et pour les protéger de la pluie, mais suffisamment légers aussi pour que les murs ne s'effondrent pas sous leur poids. « Il y a environ 3 000 à 4 000 maisons dans le district qui n'ont pas de toit du tout, dit M. Hassan. La maison de Mme El-Sayed a été choisie pour la première phase du projet parce qu'elle répond à nos autres critères : elle est malade, vit seule et n'a personne pour s'occuper d'elle. Elle a aussi été l'une des premières à avoir l'eau courante et des toilettes. Nous voulons faire de sa maison une maison modèle. » Al-Shehab a constaté l'existence de diverses tendances préoccupantes à Ezbet, notamment une malnutrition généralisée chez les enfants. Beaucoup vivent avec un père ou un beau-père qui les bat couramment et la plupart travaillent dès leur plus jeune âge. Le manque d'infrastructure appropriée, notamment d'assainissement et d'électricité, ajoute aussi à la misère. Plus de 80 % des ménages n'ont pas l'eau courante. Ceci se traduit par des affections chroniques du dos et de la colonne vertébrale, en particulier chez les femmes et les filles qui sont traditionnellement chargées d'aller chercher l'eau et de la ramener jusque chez elles. Un phénomène relativement récent est venu ajouter à ces difficultés : les flambées de tensions culturelles qui se manifestent du fait de l'influx de 4 500 familles de réfugiés soudanais dans le taudis au cours de la dernière décennie. « C'est un endroit qui attire les gens : il offre des logements à des prix défiant toute concurrence, et c'est pourquoi nous avons tant de réfugiés », dit Sahar Othman, présidente du Conseil d'East Nasr City, circonscription moderne voisine d'Ezbet El Haggana dont dépend la zone. « Mais, note-t-elle, ils ont leurs traditions à eux et ils ne respectent pas celles de la communauté locale. » Cela n'a pas aidé non plus que les résidents accusent les nouveaux arrivants, à tort ou à raison, d'une hausse soudaine des prix des produits alimentaires de base, notamment du sucre et de l'huile, d'où un renforcement de la discrimination à leur égard. Mme Othman indique que sur le million d'habitants ou plus d'Ezbet, « seuls 1 200 ont une carte d'électeur, ce qui fait que les décideurs ne leur accordent que rarement leur attention ». La plupart des habitants, en particulier les femmes, n'ont pas non plus de papiers, actes de naissance ou cartes d'identité. La communauté s'étale sur une vaste superficie et souffre de multiples problèmes, note Mme Othman qui conclut : « C'est pourquoi l'État doit recourir aux ONG locales ». Al-Shehab, avec l'appui d'organismes d'aide internationaux, dont l'UNFPA, est à la hauteur de la tâche. L'organisation met en œuvre divers programmes, tels que des camps de vacances qui accueillent des enfants égyptiens ainsi que des réfugiés. Le but visé est de favoriser la compréhension mutuelle et de réduire ainsi la discrimination. L'organisation a aussi obtenu des cartes d'identité pour des centaines de femmes et elle fournit des services de base : sensibilisation aux infections sexuellement transmises, lutte contre les dangers de l'accouchement et encouragements sous forme de microfinancements accordés aux femmes qui suivent des cours d'alphabétisation. Tout cela explique les sourires heureux qui accueillent M. Hassan et ses collègues lors de leurs visites dans le District 3. Certains anciens se rappellent les jours où Ezbet était relativement peu peuplé. Lamey Suryan Sulaiman y vit depuis 25 ans. « Quand je suis arrivé, raconte-t-il, j'ai pu acheter un terrain et me construire une maison. Mes deux fils sont nés ici et ils vivent maintenant dans des appartements séparés, chacun de deux pièces, aménagés dans ma maison. » Ce gardien de sécurité retraité a un revenu stable, sa pension mensuelle de 300 LE (60 $EU), et il sert la communauté en aidant l'organisation Al-Shehab à identifier les familles les plus nécessiteuses de son quartier. « Nous sommes tous, chrétiens et musulmans, dans le même bateau ici, dit-il. Nous devons nous entraider. » Selon les dernières statistiques du ministère du logement, des services publics et des communautés urbaines, il y a en Égypte 1 221 zones informelles comme Ezbet El Haggana, dont 67 dans le Grand Caire, où vivent de 12 à 15 millions des 77 millions d'habitants du pays. L'absence de définition unique des « taudis » fait que les autorités ne considèrent comme tels que 20 ou 21 de ces zones, note Ola Omar Abbas, vice-présidente du Service général de planification matérielle du ministère. Le ministère, dit Mme Abbas depuis son bureau situé dans le centre-ville, s'efforce de réduire les influx de population dans les grandes villes d'Égypte au moyen de projets de développement entrepris dans les divers gouvernorats. « Cela ne se fait pas uniquement en créant des emplois dans ces régions, explique-t-elle, mais aussi en établissant des universités régionales et en fournissant des services analogues à ceux dont les gens disposent au Caire et dans les autres grandes villes, ce qui, à son tour crée des emplois. » Mostafa Kamal Madbouly, directeur de l'Office technique du ministère, explique que depuis le début des années 80, l'État construit des « villes nouvelles » offrant des logements à loyer modéré dans tout le pays. Ces villes, qui disposent des services de base, de parcs et de routes revêtues, abritent aujourd'hui 1,5 million d'habitants, dont 1,2 million aux environs du Caire. « Ces 1,2 million de gens, signale M. Madbouly, se seraient retrouvés sans cela dans les ashwaiyat. » M. Madbouly affirme que ce sont pour la plupart des célibataires ruraux qui emménagent dans ces villes. Une fois qu'ils trouvent du travail et qu'ils commencent à gagner de l'argent, ils font venir leur famille. En outre, l'État accorde aux habitants des zones informelles toute une gamme d'incitatifs, subventions, prêts de faveur et certaines allocations pour les encourager à emménager dans les villes nouvelles. M. Madbouly sait bien, cependant, que malgré tous les encouragements qui leur sont offerts, les nouveaux logements restent au-delà des moyens de beaucoup de gens. « Les débats actuels concernant notre politique du logement portent spécifiquement sur le segment des extrêmement pauvres, dit-il. Nous savons qu'environ 2 % des familles auraient besoin de subventions complètes, d'un appui à 100 % de l'État. » Jusqu'à ce qu'une décision ait été prise dans ce sens, les gens comme Mme El Sayed restent à Ezbet El Haggana. « Comme je n'ai pas de travail, je vais demander de l'aide dans les mosquées et il y a des gens charitables qui me donnent des choses dont j'ai besoin », dit-elle, assise sur son lit. Et elle ajoute : « Je vais aussi suivre des classes de religion que donne Hagga Souad; elle me paie 5 livres (1 $EU) par leçon; mais il faut que j'aille en classe pour être payée. Elle m'achète aussi mes médicaments quelquefois. Et s'il m'arrive d'avoir de l'argent en trop, je le donne à mes enfants. » Malgré ses problèmes, Mme El Sayed garde son optimisme, peut-être parce qu'elle se rend compte qu'elle a plus de chance que beaucoup de ses voisins – et qu'elle aura bientôt un toit tout neuf. Omar Gharzeddine Source : UNFPA |
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