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11 juillet 2007 - Journée Mondiale de la Population 2007 BUCAREST : Marginalisés et déshérités: les Roms urbains de Roumanie À 30 kilomètres seulement de Bucarest, au-delà des faubourgs calmes et ombragés de Bucarest, à la périphérie de la capitale de la Roumanie qui s'étale, se trouve une complète anomalie. Il y a là, dirait-on, une porte magique ouvrant sur un univers parallèle, celui de l'établissement de squatters de Buciumeni, assemblage disparate de logements faits de matériaux de fortune et de terre avec leurs toits en tôle ondulée qui fuient. C'est en fait exactement comme si l'on passait en quelques minutes de l'Europe à l'Afrique. La pauvreté profonde dans laquelle est plongé ce village rom est en effet plus caractéristique de ce que l'on trouve en Afrique subsaharienne qu'en Europe au XXIe siècle. Si le manque et les privations ont un visage, c'est celui de Florina, mère de six enfants, âgée de 30 ans seulement, mais qui accuse une bonne vingtaine d'années de plus. Sa « maison », depuis sa petite enfance, est une hutte de terre sans électricité, ni eau potable, ni toilettes. Le propriétaire du terrain qu'elle occupe n'a jamais reconnu le droit de sa famille d'habiter sur ce triste lopin de terre fangeux. Depuis une vingtaine d'année, elle le dit elle-même, elle vit « dans les bas-fonds en marge de la société ». « Je n'ai aucun droit d'être ici, et comme je ne peux pas avoir de titre qui me garantirait même un simple droit de séjour, je ne peux pas demander d'aide à l'administration locale », dit-elle de sa voix rauque. « C'est comme si elle n'existait pas », dit Paraschiva Alcanu, infirmière communautaire du district d'Ilfov, qui s'occupe des communautés roms locales. « Elle est prise dans ce cercle vicieux depuis son enfance, explique-t-elle. Nous lui dispensons des soins de santé, bien sûr, mais n'étant inscrite sur aucun registre officiel, Florina est invisible pour les autorités. » « Les Européens de l'Ouest sont choqués quand nous les amenons ici », dit Oana Pescaru, unique psychologue communautaire du Centre de santé familiale du district d'Ilfov où se trouve Buciumeni. « On a peine à imaginer, ajoute-t-elle, que ce genre de pauvreté existe ici chez nous, en Roumanie, si près de la capitale, mais les groupes minoritaires comme les Roms de ce village, sont un segment négligé de la population. » La Roumanie a la plus grande population de Roms d'Europe orientale et centrale : environ 2 millions selon les estimations, bien que les chiffres officiels ne soient que de 535 000. Ce groupe est incontestablement le plus défavorisé de l'Europe orientale. Seuls 15 % des Roms de Roumanie ont un emploi à plein temps décemment rémunéré qui leur permet de vivre. La plupart se procurent des revenus tant bien que mal en tant qu'ouvriers agricoles saisonniers ou vivotent grâce à des petits boulots. Près de 70 % d'entre eux vivent dans une extrême pauvreté, selon la définition de la Banque mondiale (revenus de moins de 4,30 $ par jour). Ce qui fait l'unicité de la situation des Roms de Roumanie, toutefois, c'est que l'effondrement de l'économie rurale a poussé de nombreux ouvriers agricoles sans terre, Roms et autres, à fuir les campagnes paupérisées pour les centres urbains. En Europe orientale, la croissance urbaine est due pour la plupart à l'exode rural. Les nouveaux arrivants se retrouvent souvent à squatter dans des immeubles d'appartements délabrés ou sur des terres abandonnées où ils édifient des logements de fortune. Chassés des zones rurales par la pauvreté et le manque de services publics, ils sont attirés par la ville avec ses perspectives d'emploi et d'accès aux services d'éducation et de santé. Il est cependant difficile pour les Roms, sinon impossible, une fois arrivés dans les centres urbains, de rompre le cycle de la pauvreté. Peu qualifiés, beaucoup se retrouvent à pratiquer des métiers inférieurs mal payés ou à passer dans le secteur informel où ils se font vendeurs de fruits et légumes, fripiers ou brocanteurs. Ils ont des familles nombreuses, des sources de revenus limitées, et ils s'enlisent dans la pauvreté et le manque. Pour compliquer les choses, étant donné que la plupart des Roms n'ont pas de papiers d'identité indiquant leur adresse, ils ne peuvent pas s'enregistrer auprès des services sociaux et ont parfois des difficultés à inscrire leurs enfants dans les écoles. Néanmoins, comme Florina, rares sont ceux qui voudraient retourner dans les campagnes où ils n'ont absolument aucune possibilité. Leur situation n'a, en cela, rien d'exceptionnel. Comme le note le rapport de 2007 sur l' État de la population mondiale : libérer le potentiel de la croissance urbaine , malgré d'extraordinaires difficultés, la plupart des migrants qui sont venus s'installer dans les villes préfèrent les conditions de vie déplorables qu'ils y trouvent à la vie dans les campagnes où les attendent peu d'emplois et où ils ont encore moins de perspectives d'avenir. Malgré le passage d'un régime communiste à une économie de marché, les Roms ont été de plus en plus marginalisés, témoignage de l'intransigeance de la discrimination à leur égard et chef d'accusation de la société en modernisation rapide qui les a laissés sur la touche. Aujourd'hui, près de 35 % des Roms de Roumanie sont illettrés et seuls 55 % de leurs enfants terminent leurs études primaires. Le manque d'éducation et leur propension à se déplacer de ville en ville ou de village en village les relèguent généralement dans des logements insalubres, avec au mieux un accès limité aux services publics de base tels que les soins de santé, l'éducation et les services sociaux. Près de 90 % d'entre eux n'ont pas accès aux réseaux d'assainissement et 68 % n'ont pas d'eau potable, statistiques comparables à celles de pays africains les plus pauvres. Florina n'est que l'une des 800 habitants de son village qui ont besoin de services de santé primaire, notamment de santé reproductive et de planification familiale. Les familles ont toutes en moyenne de 3 à 6 enfants alors que la moyenne nationale se situe à un peu plus d'un enfant par famille. Et le revenu moyen dans le village est de moins de 2 dollars par jour, produit généralement de travaux agricoles épuisants, lorsque de tels emplois sont disponibles. L'État s'attaque aux problèmes des Roms Depuis son accession à la Communauté européenne en janvier 2007, la Roumanie a convenu d'œuvrer collectivement avec sept autres États d'Europe centrale et orientale pour améliorer les conditions de vie de leurs ressortissants rom. En juillet 2003, les dirigeants d'Europe centrale et orientale avaient donné leur accord au lancement de la Décennie de l'intégration des Roms (2005-2015), initiative de la Banque mondiale et de l'Open Society Institute (appuyée par la fondation Soros). En juillet 2006, la Banque mondiale a octroyé un prêt de 58 millions de dollars à la Roumanie pour mettre en œuvre un programme d'intégration sociale. Des fonds seront réservés notamment à la formation professionnelle et à un renforcement des programmes d'éducation. Les progrès, le Gouvernement roumain en convient, ne seront pas faciles. Les Roms sont en butte à la discrimination et exclus de la société parce qu'ils sont considérés comme venant de l'extérieur, bien qu'ils soient présents dans le pays depuis des siècles. « Le changement d'attitude du public envers les minorités prendra du temps », dit le Dr Marian Preda, vice-doyenne de la Faculté de sociologie et d'assistance sociale de l'université de Bucarest. « Le fait qu'ils migrent à présent vers les centres urbains facilite peut-être la fourniture de services, note-t-elle, mais en revanche la migration actuelle a pour effet de les ghettoïser. Ils ont besoin des mêmes services que tout le monde. » Il y a également un problème démographique. « Les Roms sont l'un des quelques groupes du pays qui ont un taux de fécondité supérieur au taux de reproduction, fait remarquer le Dr Preda. Alors que la population roumaine diminue, en raison de la basse fécondité et de l'émigration, il n'y a de croissance démographique que chez les minorités telles que les Roms. » Progrès dans le district d'Ilfov Les défis à relever sont de taille. « Il nous est donné la possibilité ici d'améliorer la santé et d'accroître le bien-être des segments les plus pauvres de la société, déclare Minerva Ghinescu, directrice adjointe des Services de santé publique d'Ilfov. Les Roms de cette communauté sont parmi les plus pauvres de tout le pays. Ils ont besoin d'accéder à l'éducation et aux services de santé de base, notamment dans les domaines de la santé reproductive et de la planification familiale. ». Dans le district d'Ilfov, le Bureau du maire a établi un service spécial chargé des problèmes de la communauté rom. Grâce à un projet financé par l'UNFPA, les agents de santé et les assistants sociaux du district ont reçu une formation en vue de dispenser des services de santé reproductive plus axés sur les clients et comprenant notamment la fourniture de conseils et de contraceptifs. « L'appui de l'UNFPA nous a permis de former une équipe de santé communautaire, avec des infirmières communautaires et des médiateurs et médiatrices de santé », explique, radieuse, le Dr Ghinescu. Grâce à cette initiative, on constate une amélioration des indicateurs de santé pour les établissements tels que Buciumeni. « Nous avons enregistré une augmentation de 50 % de l'emploi des contraceptifs depuis le démarrage du projet en 2003, note le Dr Ghinescu. Le nombre d'avortements diminue et la morbidité maternelle baisse. » Outre l'amélioration de la santé dans les communautés rom du district, l'initiative de l'UNFPA a d'autres effets positifs, et notamment celui d'accroître la scolarisation des enfants roms. À l'entrée du village, au bord d'une ruelle boueuse, Alina Stefau, 17 ans, parle à Paraschiva Alcanu, l'infirmière communautaire, des améliorations de la santé des mères et des enfants qu'elle a constatées. « Cela m'a convaincue que je pouvais faire des choses pour aider ma communauté, dit-elle en faisant de la main le signe V de la victoire. Je veux terminer mes études secondaires, faire un diplôme d'enseignante et revenir enseigner ici. » L'ambitieuse initiative de l'UNFPA promet de réels changements. Les autorités roumaines suivent de près l'évolution de la situation dans le district d'Ilfov en vue d'une éventuelle reproduction des interventions ailleurs dans le pays. Même dans les communautés les plus pauvres et les plus défavorisées, « nous avons appris une chose ici, c'est que les gens peuvent faire une différence », conclut le Dr Ghinescu. Les Roms en Europe centrale et orientale Les experts situent aujourd'hui le nombre de Roms vivant en Europe entre 7 et 9 millions de personnes, la vaste majorité (80 %) étant établie en Europe orientale et centrale. Selon les historiens, ils seraient arrivés du sous-continent aux environs du Xe siècle, cette date étant toutefois sujette à de vives controverses. La plupart ont été réduits en esclavage jusqu'à l'abolition de cette institution par l'empereur Joseph II d'Autriche en 1785. Les Roms ont subi des persécutions pendant des siècles. Durant la Deuxième Guerre mondiale, près de 40 000 Roms roumains ont trouvé la mort dans les camps nazis. Pour l'ensemble de la région, le chiffre avoisine le demi-million. Ils sont restés collectivement un groupe marginalisé et défavorisé et ne font que commencer à faire valoir leurs droits. En Bulgarie, en Hongrie et en Roumanie, les taux de pauvreté des Roms sont de 4 à 10 fois plus élevés que ceux des populations non-roms. Dans certaines communautés, telles que Buciumeni, le taux de chômage chronique peut atteindre 100 %. La plupart des Roms vivent dans des logements insalubres, sans services d'assainissement ni eau potable. Leur accès à l'éducation, aux soins de santé et aux services sociaux est également des plus limités. En Bulgarie, près de 90 % des Roms n'ont qu'un niveau d'éducation primaire et ils sont pratiquement sans accès aux services de santé, ce qui fait qu'ils vivent en moyenne 10 ans de moins que leurs concitoyens. Don Hinrichsen Source : UNFPA |
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