| Human
Rights Watch : rapport 2005 |
14
janvier 2005 - Le
Rapport 2005 de Human Rights Watch couvre plus de 60 pays.
HRW
- Washington - Etats-Unis
Rapport 2005 (en
anglais)
Le
système international de protection des droits humains
a été considérablement fragilisé en
2004 par la crise au Darfour et
le scandale d'Abou Ghraib, a déclaré Human
Rights Watch à l'occasion de la publication, aujourd'hui,
de son rapport mondial annuel.
Certes
les deux menaces ne sont pas comparables, mais la vitalité des
droits humains au niveau international dépendra de la
fermeté de la réponse apportée dans chacun
des cas—d'une part pour mettre un terme au massacre perpétré par
le gouvernement soudanais au Darfour et d'autre part pour mener
une enquête approfondie et poursuivre en justice tous
les responsables des tortures et mauvais traitements en Irak, Afghanistan et
Guantanamo.
“Le gouvernement américain est de moins en moins capable de faire
pression pour que la justice soit respectée à l'étranger
car il n'est pas lui-même disposé à ce que justice soit faite
aux Etats-Unis,” a déclaré Kenneth
Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch.
Human Rights Watch a appelé l'administration Bush à nommer un
procureur spécial chargé de mener une enquête auprès
des fonctionnaires américains qui ont participé à des
actes de tortures ou autres traitements cruels, inhumains ou dégradants,
et auprès de ceux qui les ont ordonnés ou occupaient des postes
de commandement. Notre organisation a souligné que les hauts responsables
de l'administration avaient cherché à rejeter la faute sur les
jeunes soldats qu'ils avaient envoyés combattre en Irak et en Afghanistan,
au lieu d'accepter d'assumer la responsabilité des politiques et des
ordres qui ont affaibli les règles interdisant la torture et les traitements
inhumains.
Le Rapport Mondial 2005 de Human Rights Watch contient des informations qui
permettent de dresser un état des lieux des droits humains dans plus
de 60 pays pour l'année 2004. Outre l'essai sur le Darfour et Abou Ghraib
en introduction, l'ouvrage contient trois essais sur de vastes sujets: la religion
et les droits humains, sexualité et violence culturelle à l'égard
des droits humains ainsi qu'une analyse circonstanciée de la crise au
Darfour.
Dans l'essai servant d'introduction au rapport, Roth explique qu'une large
force militaire placée sous l'autorité de l'ONU est nécessaire
pour protéger les habitants du Darfour et créer les conditions
de sécurité qui leur permettraient de rentrer chez eux sans danger.
Les Etats-Unis et d'autres gouvernements occidentaux, affirme-t-il, se trompent
en voulant simplement renvoyer le problème devant l'Union africaine,
une nouvelle institution qui dispose de peu de ressources et qui manque d'expérience
pour mener des opérations militaires d'une telle envergure.
“Le Darfour tourne en dérision toutes nos promesses d'un ‘plus
jamais ça’” a fait remarquer Roth.
Roth a également demandé que lorsque la Commission d'enquête
des Nations Unies aura présenté au Conseil de Sécurité de l'ONU,
le 25 janvier, son rapport sur les crimes commis au Darfour, le Conseil renvoie
le dossier du Darfour devant la nouvelle Cour Pénale Internationale.
“Les crimes commis au Darfour ne doivent pas rester impunis,” a souligné Roth. “La
Cour Pénale Internationale serait l'institution la plus efficace et la
plus compétente pour poursuivre ces crimes. Les membres permanents du
Conseil de Sécurité ne devraient pas s'opposer à ce que
les responsables des massacres soient traduits en justice.”
Human Rights Watch a déclaré que la crise au Darfour requérait
la participation des principales puissances militaires mais ces dernières
ont choisi d'être aux abonnés absents. Les Etats-Unis,
le Royaume-Uni et l'Australie sont
enlisés en Irak, les Américains allant jusqu'à dire qu' “aucune
nouvelle action ne s'impose” alors qu'ils sont convaincus que les tueries
au Darfour constituent un génocide. La France est
engagée ailleurs en Afrique et le Canada,
tout en promouvant la “responsabilité en matière de protection,” est
en train de réduire sa participation aux opérations de maintien
de la paix. L'OTAN est occupée en Afghanistan; l'Union européenne
déploie des forces en Bosnie.”
“Chacun a quelque chose de plus important à faire que de sauver
le peuple du Darfour,” a dénoncé Roth.
Pendant ce temps, l'usage systématique des interrogatoires coercitifs
par le gouvernement américain a fragilisé un pilier du droit
international des droits de l'homme—la règle selon laquelle les
gouvernements ne devraient jamais soumettre des détenus à des
tortures ou autres mauvais traitements, même en cas de guerre ou d'autre
menace grave. Mais dans son combat contre le terrorisme, le gouvernement américain
considère cette obligation primordiale comme une question de choix et
non comme un devoir.
L'administration Bush a réagi aux attentats du 11 septembre en faisant
abstraction des normes relatives aux droits humains et les gouvernements partout
dans le monde ont beau jeu de citer l'exemple américain comme prétexte
pour bafouer les droits humains. L'Egypte a
justifié sa décision de renouveler sa problématique “loi
d'urgence” en faisant référence à la législation
antiterroriste américaine. La Malaisie justifie
ses détentions sans procès en invoquant Guantanamo. La Russie mentionne
Abou Ghraib pour rejeter la seule responsabilité des abus commis en
Tchétchénie sur des militaires subalternes. Cuba fait
maintenant valoir que Washington n'a “aucune autorité morale pour
l'accuser” de violations des droits humains.
“Pour les gouvernements confrontés aux pressions américaines
en matière de droits humains, il est aujourd'hui facile de renverser les
rôles,” a expliqué Roth. “L'administration Bush peut
difficilement défendre des principes qu'elle-même viole.”
Sources
: Human
Rights Watch
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