| Famine
gigantesque en Afrique de l'Est |
19
juillet 2004
-
Afrique de l'Est - 14 millions d'habitants
«sous perfusion alimentaire».
Christophe
Parayre - AFP
- Nairobi
Éthiopie,
Érythrée,
Ouganda et maintenant
Kenya : plus de 14 millions
d'habitants d'Afrique
de l'Est et de la région de la Corne sont désormais
sous «perfusion alimentaire», dépendant
d'une aide internationale pour survivre.
C'est
la conséquence de pluies exceptionnellement
faibles, mais aussi de la situation politique dans
plusieurs régions, comme la guerre civile dans
le nord de l'Ouganda.
La
situation alimentaire est devenue particulièrement
préoccupante dans deux pays, le Kenya et l'Érythrée.
Dans l'ancienne colonie britannique, quelque 3,3 millions
de personnes, soit environ 10% de la population, sont
menacées par une crise alimentaire provoquée
par une grave sécheresse.
En
Érythrée, ils sont quelque 1,9 million,
soit un peu plus de la moitié de la population
du pays (3,3 millions), à dépendre de
l'aide humanitaire en 2004.
Chez
le voisin éthiopien, où la pénurie
est malheureusement plus récurrente, plus de
7 millions de personnes, sur une population totale
de 67 millions, ne survivent que grâce à
l'aide occidentale.
La
situation est également tendue en Somalie,
livrée depuis 1991 à l'anarchie et aux
chefs de guerre, ainsi que dans le nord de l'Ouganda,
dévasté depuis 1986 par une guerre civile,
et où la vie de deux millions d'habitants ne
tient qu'au fil de l'aide internationale.
La surprise est venue la semaine dernière du
Kenya, pays le plus riche et le plus stable de la
région. Le président Mwai Kibaki est
monté personnellement au créneau pour
appeler la communauté internationale à
l'aide, qualifiant la situation de «désastre
national».
Et
si la «petite saison des pluies», en octobre-novembre
prochain, est insuffisante, «la pénurie
s'aggravera, et 4,3 millions de Kenyans auront besoin
d'un semestre supplémentaire d'assistance alimentaire»,
a averti le chef de l'État.
Cet
appel à l'aide intervient au moment où
les bailleurs de fonds dénoncent une corruption
grandissante au sein du pouvoir.
La
dernière alerte alimentaire au Kenya avait
commencé en mars 2000 et s'était prolongée
jusqu'en octobre 2002. À son point culminant,
en 2001, on estimait à 4,4 millions le nombre
de Kenyans ayant besoin d'aide alimentaire.
Dans
la Corne de l'Afrique également, de nombreux
indicateurs passent progressivement au rouge.
En
Érythrée, «la malnutrition se
poursuit avec des pénuries alimentaires et
une hausse de la mortalité infantile dans plusieurs
régions du pays», indique le Fonds de
l'ONU pour
l'enfance (Unicef) dans un communiqué en date
du 15 juillet.
«La
situation humanitaire s'est détériorée
ces derniers mois en raison des effets de la sécheresse»
mais aussi de la situation économique «qui
se dégrade rapidement», avertit l'Unicef.
Cette
dégradation intervient sur fond de tensions
persistantes entre l'Érythrée et ses
voisins éthiopiens et soudanais, ainsi que
de critiques de plus en plus vives de la communauté
internationale, qui dénonce des violations
de droits de l'Homme dans cette ancienne province
éthiopienne.
En
Éthiopie, pays le plus peuplé d'Afrique
sub-saharienne après le Nigeria,
«les récentes pluies couplées
à davantage de promesses d'aide alimentaire
et non alimentaire ont amélioré la situation
humanitaire à court terme», souligne
un réseau international d'alerte précoce
de la famine, dans son dernier rapport, le 16 juillet.
Mais
l'avenir reste incertain dans un pays encore traumatisé
par la grande famine de 1984-85, qui avait fait près
d'un million de morts.
Le
déficit de l'aide alimentaire est estimé
à 11% pour l'ensemble du second semestre 2004,
avec un pic à 50% pour la période septembre-novembre.
Et les besoins non-alimentaires urgents ne sont couverts
jusqu'ici qu'à 36%, précise le réseau
d'alerte.
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