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Haïti encore sous les eaux

22 septembre 2004 - Haïti encore sous les eaux après le passage de la tempête tropicale Jeanne.
Patrick Moser - AFP - Port-au-Prince

La tempête tropicale Jeanne pourrait avoir fait jusqu'à 1600 morts en Haïti, suscitant la mobilisation de la communauté internationale pour venir en aide aux 170 000 personnes touchées par les inondations.

Pour la seule ville des Gonaïves (Nord-Ouest - voir carte), la plus touchée par les inondations du week-end, et encore inaccessible, le premier ministre haitien, Gérard Latortue, a annoncé mercredi «600 morts identifiés, 1000 disparus, la plupart on peut les considérer comme morts, 384 blessés, il y a à peu près 160 000 personnes sinistrées, il y a 400 maisons détruites».

Le dernier bilan de la Croix-Rouge et de la mission des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH) est de 709 morts, dont 600 aux Gonaïves.

«Il y a un risque d'épidémie à cause des cadavres. Il n'y pas d'électricité, les morgues ne fonctionnent pas, il y a de l'eau partout !» a dit M. Latortue sur la radio France Info, après avoir survolé la zone «qui est encore inaccessible».

«Nous n'arrivons pas encore à pénétrer dans la ville pour pouvoir apporter les secours. Nous avons lancé un appel à l'aide internationale. D'ailleurs, l'ambassade de France à Port-au-Prince a déjà réagi. Vous savez, Haïti ne peut pas sortir d'un désastre de ce genre tout seul», a poursuivi le premier ministre haïtien.

«Il n'y a pas une seule maison qui n'ait pas été inondée» aux Gonaïves, a dit M. Latortue, qui a déclaré le Nord d'Haïti «zone sinistrée» et décrété trois jours de deuil national.

«On continue d'amener des corps» a dit Toussaint Kongo-Doudou, porte-parole de la mission des Nations Unies en Haiti, concernant toujours les Gonaïves.

La Croix-Rouge et la mission des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH) ont dit craindre une hausse du bilan des inondations du week-end dernier. «Je crains que ces chiffres ne continuent d'augmenter, alors que des zones restent encore inaccessibles», a dit Hans Havic de la Fédération internationale des Croix Rouges. «Il y a beaucoup de villages que nous ne pouvons pas atteindre, et je crains de mauvaises surprises dans les jours et les semaines qui viennent», a-t-il.

Un responsable aux Gonaïves a déclaré que les conditions étaient épouvantables dans la principale morgue, où de nombreux corps sont dans un état de décomposition avancée. Des centaines de personnes ont également été blessées, la plupart en tombant des toits. «En une heure seulement, nous avons enregistré 300 personnes pour des soins», a déclaré M. Havic.

Environ 170 000 personnes sont sans nourriture, eau et électricité après le passage de la tempête qui a fait de nombreux sans-abri.

Dans la localité de Port-de-Paix, 60 corps ont été retrouvés et 49 autres dans des secteurs avoisinants.

Selon des responsables humanitaires, le retour à la normale devrait prendre des mois dans les régions dévastées. «C'est une situation tragique (...) frappant une population déjà très vulnérable,» a déclaré Elisabeth Byrs, porte-parole du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des affaires humanitaires. «Un élément très inquiétant est que la région affectée fournit l'essentiel de la production agricole» en Haïti, a-t-elle ajouté lors d'une conférence de presse à Genève.

Douze premiers camions du Programme alimentaire mondial (PAM) sont partis mardi pour apporter de l'eau, de la nourriture et des médicaments, mais les accès sont très difficiles par la route. «Nous avons dû envoyer de la nourriture toute préparée parce que les gens n'ont plus rien pour cuisiner», a dit Guy Gauvreau, représentant du PAM en Haïti.

M. Gauvreau s'est montré rassurant sur le sort de la deuxième plus grande île du pays, l'île de La Tortue, située au large de la ville de Port-de-Paix (Nord-Ouest). Les communications avec cette île de 180 kilomètres carrés sont coupées depuis ce week-end.

Le maire de cette île, Rony Petit-Frère, a toutefois déclaré aux médias haïtiens que la tempête a fait «beaucoup de dégâts matériels, et des victimes» sans toutefois pouvoir chiffrer le nombre de morts.

Les 23 et 24 mai, Haïti, le pays le plus pauvre du continent américain, était déjà victime de pluies torrentielles ayant fait 1220 morts. Elles avaient surpris en pleine nuit les habitants du Sud-Est du pays, où la déforestation anarchique favorise les inondations.

En République Dominicaine, qui partage avec Haïti l'île d'Hispaniola, Jeanne a provoqué la mort de 27 personnes. Il y a eu aussi neuf morts aux Bahamas et deux à Porto Rico.

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