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5
décembre 2002
-
Le gouvernement prend les civils pour cibles.
(New
York, 28 novembre 2002)
Le gouvernement de Côte
d'Ivoire a répondu à une rébellion de l'armée
en commettant des abus contre des civils innocents,
a déclaré Human
Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.
Les forces du gouvernement ont tué et arrêté des individus
pour la seule raison de leur appartenance ethnique,
de leur religion ou de leur soutien au parti d'opposition.
Le rapport de 16 pages intitulé " Côte
d'Ivoire : abus commis par le gouvernement en
réponse à la révolte de l'armée " apporte des informations
sur les raids des forces de sécurité suite à la tentative
de coup qui a débuté le 19 septembre 2002. Les raids
ont visé des quartiers entiers dans lesquels des Ivoiriens
du Nord ou des non-Ivoiriens ont été arbitrairement
arrêtés et leurs maisons rasées. D'autres ont été
pris pour cibles, de la même manière, à cause de leur
affiliation politique ou de leur statut présumé "
d'assaillant ", un mot utilisé par le gouvernement
pour décrire toute personne qu'il perçoit comme favorable
à la mutinerie de l'armée. Le terme de " terroriste
" a également été largement utilisé. Des défenseurs
locaux des droits humains vivent également dans la
peur et beaucoup ont choisi de vivre cachés.
" Des mesures légitimes de sécurité sont une chose
mais prendre pour cibles des individus pour la seule
raison de leur groupe ethnique ou de leur religion
est totalement inacceptable, " a déclaré Peter Takirambudde,
directeur exécutif de la division Afrique
à Human
Rights Watch. " Les droits humains fondamentaux
doivent être respectés, même en situation d'urgence.
"
Les chercheurs de Human
Rights Watch se sont rendus en Côte
d'Ivoire fin octobre après les attaques lancées
par des soldats dissidents, le 19 septembre.
Human
Rights Watch a également exprimé son inquiétude
suite à des rapports d'abus commis par les soldats
dissidents - qui se font appeler le Mouvement Patriotique
de Côte d'Ivoire (MPCI) - qui ont lancé les attaques
et conservent le contrôle de plusieurs villes. Bien
que les chercheurs n'aient pu se rendre dans les zones
tenues par les rebelles, pour des raisons de sécurité,
des rapports dignes de foi font état, dans ces zones,
de tueries illégales et de détentions.
Au cours des dernières années, la politique du gouvernement
a délibérément exacerbé les tensions entre les Ivoiriens
d'origines ethniques et de pratiques religieuses différentes.
Cette politique a également échoué à traiter la question
de la violence et des intimidations qui a entaché
les élections présidentielles et législatives de la
fin 2000.
" La poursuite de cette spirale infernale pour les
droits humains n'est pas inévitable, " a déclaré Takirambudde.
" La façon de stopper cette spirale, c'est de traduire
en justice les personnes responsables de ces abus.
Sans une action de ce type, la Côte
d'Ivoire pourrait plonger dans l'une
de ces guerres brutales, bien connues des pays
voisins que sont le Libéria et la Sierra Leone. "
A
la mi-octobre, des gens habillés d'uniformes militaires
ont tué plusieurs douzaines de civils - des musulmans
ivoiriens, des Maliens, des Burkinabés - à Daloa,
peu de temps après la prise de la ville par le gouvernement.
Face aux critiques internationales, le gouvernement
a ordonné une enquête sur ces nombreuses tueries.
Human
Rights Watch a appelé le gouvernement de Côte
d'Ivoire à prendre immédiatement des mesures pour
faire cesser les abus. Le gouvernement ivoirien devrait
en particulier :
- Reconnaître publiquement et condamner les meurtres
illégaux d'" assaillants " présumés et de sympathisants
de l'opposition, fournir une information publique
très complète sur ces meurtres et des compensations
aux familles des victimes et faciliter l'accès des
familles au système de justice pénale. Déclarer publiquement
que personne ne devrait être arrêté ou attaqué sur
la base de son identité ethnique, religieuse ou nationale.
- Suspendre de tout service actif tous les membres
des forces de sécurité accusés de meurtres illégaux,
d'arrestations illégales ou d'extorsion, enquêter
sur ces actes et traduire leurs auteurs en justice
le cas échéant.
- S'assurer que le système de justice pénale répond
effectivement aux allégations selon lesquelles des
violations des droits humains ont été commises, en
portant une attention particulière à la traduction
en justice des personnes responsables d'agressions
ayant agi parce qu'elles soupçonnaient leurs victimes
d'être des étrangers, des musulmans ou des habitants
du Nord du pays.
Human
Rights Watch a également appelé les forces rebelles
à veiller à ce que tous leurs combattants reçoivent
des instructions quant au respect des droits humains
de tous les civils et au traitement de tous les prisonniers
selon le droit humanitaire international.
Un cessez-le-feu est officiellement entré en vigueur
le 18 octobre 2002 et semble être respecté même si
les deux parties ont renforcé leurs positions militaires.
Des espoirs existent que les négociations de paix
grâce à la médiation de la Communauté économique des
états de l'Afrique de l'Ouest
(CEDEAO) puissent conduire à la fin des hostilités
et à la résolution des principales questions sous
jacentes à cette crise. Human
Rights Watch a pressé la CEDEAO de veiller à ce
que tout accord de paix considère comme capital de
mettre un terme à l'impunité dont bénéficient les
atteintes aux droits humains.
Source : site internet de Human
Rights Watch
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