| République
Démocratique du Congo |
17
février 2003
-
Risque de purification ethnique en Ituri, RDC.
Human
Rights Watch - New York
Le Conseil de Sécurité des Nations Unies
doit accroître ses forces de maintien de la
paix dans l'Est de la République
Démocratique du Congo (RDC) pour protéger
les civils contre des massacres, a déclaré
Human Rights Watch dans un document de présentation
générale publié aujourd'hui.
Le secrétaire général des Nations
Unies, Kofi Annan a demandé à ce que
la Mission de l'Organisation des Nations Unies en
République Démocratique du Congo (MONUC)
passe à 8700 membres. Le Conseil de Sécurité
des Nations Unies examine cette question aujourd'hui.
Les
groupes rebelles congolais, ainsi que les forces des
gouvernements ougandais et rwandais, continuent de
se battre pour le contrôle de l'Est de la RDC,
des centaines de civils sont morts dans les provinces
de sud Kivu, d'Ituri et Orientale au cours des dernières
semaines. Des victimes ont été prises
pour cibles à cause de leur appartenance politique
et d'autres ont été tuées à
cause de leur appartenance ethnique. Selon les estimations
des Nations Unies, quelque deux millions de personnes
sont maintenant déplacées dans la région,
la majorité n'a pas accès à l'aide
humanitaire.
A
la mi-octobre, une coalition locale de Mai-Mai et
de combattants Banyamulenge a chassé le Rassemblement
Congolais pour la Démocratie-Goma (RCD-Goma)
de la ville d'Uvira et des régions environnantes
de la province de sud Kivu. Le RCD-Goma, un mouvement
rebelle opposé au gouvernement de la RDC, est
fortement soutenu par le Rwanda et le Burundi. Il
a été battu après le retrait
des troupes du gouvernement rwandais de l'Est de la
RDC selon les termes du traité du 30 juillet
entre le Rwanda et la RDC. Le 19 octobre, le RCD-Goma
a repris Uvira et une bonne partie de la région
avec l'aide des troupes des gouvernements rwandais
et burundais. Leurs forces ont tué, violé
et arrêté arbitrairement des civils.
Début
septembre, une autre branche du RCD, le RCD-Mouvement
de Libération (RCD-ML), et des milices du groupe
ethnique Ngiti ont attaqué la ville de Nyankunde,
à environ 20 kilomètres à l'ouest
de Bunia dans la province d'Ituri. Un survivant de
cette attaque a déclaré : " Des
milliers de Ngiti sont descendus en groupes pour piller
: hommes, femmes et enfants, tous armés avec
des machettes, des haches, des couteaux, des flèches
et des arcs, des lances et des armes à feu."
Les assaillants ont tué des membres du groupe
ethnique Hema et d'autres personnes censées
avoir collaboré avec eux. Ils ont tué
des patients dans leur lit d'hôpital, du personnel
médical de l'hôpital de Nyankunde et
un officiel local. On estime à 200 le nombre
de personnes tuées dans cette attaque et dans
celle, quelques semaines auparavant, perpétrée
par le groupe majoritairement hema de l'Union des
Patriotes Congolais (UPC) contre des partisans du
RCD-ML et des Ngiti.
Jusqu'à
récemment, les troupes de l'armée ougandaise
occupaient une grande partie de cette zone du Nord-Est
de la RDC. La majorité est maintenant partie,
mais des centaines de soldats ougandais continuent
d'occuper Bunia selon l'accord du 6 septembre entre
l'Ouganda et la RDC. Quand l'UPC a attaqué
le RCD-ML, plusieurs soldats sont restés regarder
les civils se faire tuer.
"
Le massacre de civils ces dernières semaines
montre que ni les Ougandais au Nord, ni le RCD-Goma
au Sud, ne peuvent effectivement protéger la
vie des civils ", a déclaré Alison
Des Forges, conseillère à la division
Afrique de Human Rights Watch. " Le Conseil de
Sécurité a donné à la
MONUC le mandat de protéger les civils en danger.
Il doit maintenant donner aux forces de maintien de
la paix les effectifs nécessaires à
l'accomplissement de leur mandat ."
Le
conflit dans l'Est du Congo est issu en grande partie
de la compétition pour contrôler une
région naturellement riche en ressources naturelles,
comme le coltan (columbite-tantalite, utilisé
dans la fabrication des téléphones portables),
l'or, les diamants et le bois. Une
commission d'enquête spéciale du Conseil
de Sécurité des Nations Unies a
publié ces dernières semaines un rapport
condamnant des officiers haut-gradés des armées
ougandaises et rwandaises pour s'être enrichis
personnellement à travers l'exploitation illégale
des ressources congolaises. La commission a conclu
que divers acteurs étrangers ont encouragé
les conflits locaux dans le but de maintenir leur
propre contrôle et de faciliter l'extraction
des richesses locales.
Source : communiqué de Human
Rights Watch.