|
Untitled Document
|
|
30
janvier 2003 - Moins
d'enfants, plus de développement.
Les pays africains où la natalité a
chuté ont connu une nette amélioration
de leur niveau de vie. Explication.
Les
démographes sont unanimes : rien ne semble devoir arrêter
la folle croissance de la population
africaine avant plusieurs décennies.
D'après le dernier rapport du Fonds des Nations unies pour la population
(Fnuap), rendu public en décembre 2002, le continent abrite aujourd'hui
quelque 832 millions d'habitants, contre un peu plus de 812 millions un an
auparavant.
Une augmentation de près de 20 millions de personnes qui équivaut
au taux d'accroissement le plus élevé de la planète :
2,3 %, contre 1,3 % pour l'Asie et 1,4 % pour l'Amérique
Latine.
Et cette croissance n'est pas près de se ralentir : selon le Fnuap,
le continent comptera 2 milliards d'habitants en 2050 - 2,5 fois plus qu'en
ce début de XXIe siècle.
Cette évolution exponentielle masque cependant de profondes différences
régionales. La démographie africaine n'est plus aussi uniforme
qu'il y a une génération. Jusque dans les années quatre-vingt,
l'ensemble des pays affichaient des taux de fécondité record
de 6 à 8 enfants par femme.
Certains ont depuis connu de profonds bouleversements démographiques,
caractérisés par une chute brutale de leur natalité.
Ainsi les pays de la frange méditerranéenne qui, en moins d'une
génération, ont vu leurs taux de fécondité divisés
par deux ou trois. En tête de ceux-ci : la Tunisie, qui est devenue le
premier état d'Afrique continentale où le
nombre moyen d'enfants par femme (2,1 en 2002, contre 2,55 en 2000) permet
tout juste d'assurer, à long terme, le renouvellement des générations.
Viennent ensuite l'Algérie et
l'Égypte, dont les taux de fécondité sont tombés à 2,8
enfants par femme en 2002, puis le Maroc et
la Libye (avec un peu plus de 3 enfants par femme).
À l'autre bout du continent, deux pays connaissent une évolution
similaire : l'Afrique du Sud (2,85
enfants par femme) et surtout Maurice, seul pays africain à être
descendu en dessous du seuil de renouvellement des générations
(1,9 enfant par femme).
À l'inverse, le reste du continent - soit quelque quarante-cinq états
situés au sud du Sahara - affiche toujours la plus forte croissance démographique
au monde. Le taux de fécondité y dépasse parfois 7 enfants
par femme.
Résultat : la population totale de ces pays devrait tripler d'ici à cinquante
ans, pour passer de 640 millions à 1,8 milliard d'habitants.
Avec des taux d'accroissement naturel atteignant parfois 4 %, certains pays
comme la République démocratique du Congo, l'Ouganda ou la Somalie
devraient même voir leur population quadrupler pendant cette période.
Les
pays africains à démographie « assagie » ont
un point commun : ils se classent parmi les plus développés
du continent. Si les femmes mauriciennes et tunisiennes font
aujourd'hui moins d'enfants, c'est parce qu'elles sont mieux
soignées et surtout mieux éduquées.
Grâce à une politique sociale volontariste, Tunis et Port-Louis
entrent progressivement dans le « cercle vertueux » du développement économique
caractérisé par une hausse de la consommation, des investissements
et de l'épargne.
À petits pas, ils suivent l'exemple des nations de l'Asie
de l'Est - Corée du Sud,
Taiwan et Singapour en tête - où la baisse de la natalité a
joué un rôle primordial dans le succès économique.
Dans ces pays où le taux de fécondité a été divisé par
trois depuis les années soixante, l'augmentation de la proportion des
actifs au sein de la population - qualifiée de « dividende démographique » par
les experts - a contribué à diminuer les charges sociales liées
aux retraites, mais surtout à l'éducation, et ainsi à augmenter
la consommation. Et donc la croissance économique.
À l'opposé, les pays africains à démographie « galopante » ne
parviennent pas à enclencher une dynamique de développement. L'épargne
et les investissements y sont encore pratiquement inexistants, et la (maigre)
consommation se limite aux besoins de base.
Une situation qui perdurera tant que l'analphabétisme continuera
de faire des ravages et que - conséquence de cette ignorance - l'utilisation
de moyens de contraception restera marginale (le taux de prévalence
des contraceptifs est de 8 % en Angola ou au Tchad, contre 75 % en Tunisie).
En Afrique comme ailleurs, le développement
commence toujours par une généralisation de l'éducation des
hommes - et surtout des femmes.
Source
: article de Tariq Zemmouri paru dans L'Intelligent |
|
|
Untitled Document
|