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janvier 2003 - Les
pays pauvres ne pourront pas importer de médicaments génériques.
En
novembre 2001, des négociations commerciales
avaient été engagées à Doha,
la capitale du Quatar, afin de permettre aux pays
pauvres d'avoir enfin accès aux médicaments
génériques, moins chers que ceux
des grands groupes pharmceutiques.
Ces génériques, comme on les appelle, devaient permettre de soigner
les malades, notamment ceux qui souffrent du VIH, mais aussi d'autres pandémies
comme le paludisme et la tuberculose.
Les Etats-Unis, voulant protéger leur industrie pharmaceutique, ont
finalement décidé de reculer.
Cet accord prévoyait la définition de modalités d'applications
avant la fin 2002.
A l'issue de trois jours de négociations à Genève, les
144 membres de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) ont vendredi 20 décembre
2002 mis un terme à ce que l'on pourrait qualifier de "négociations
de la dernière chance" pour les pays pauvres.
L'accord signé à Doha prévoyait de déclarer la
primauté du droit à la santé sur le droit aux brevets.
Ainsi, les pays pauvres obtenaient l'autorisation d'importer des médicaments à bas
prix, les fameux génériques, permettant de sauver des millions
de vies.
Les pays en développement, non producteurs de médicaments, soutenus
par les organisations non gouvernementales, plaidaient pour avoir le droit
de définir eux-mêmes ce qui relève de la protection de
la santé publique dans leur propre pays.
Les pays producteurs de ces génériques, comme le Brésil
et l'Inde, plaidaient dans le même sens.
Les
Etats-Unis, soucieux de préserver leur industrie
pharmaceutique de la concurrence des génériques,
ont fait valoir que la formulation du texte présentait
des risques d'extension du dispositif à des
maladies non transmissibles comme le diabète
et l'asthme.
Selon la version officielle, cette extension fragiliserait la protection des
brevets et donc affaiblirait la recherche et le développement de médicaments
par l'industrie pharmaceutique.
Plus prosaïquement, il s'agit pour Washington de limiter les possibilités
d'extension du système à des affections qui génèrent
des profits beaucoup plus élevés pour les laboratoires.
Des experts du cabinet britannique Bryan Garnier and Co évaluaient récemment à 50
milliards de dollars les ventes de médicaments menacés par l'arrivée
des génériques d'ici 2007, dont 17,8 milliards pour les américains
Merck et Pfizer.
Quant à la position de l'Union Européenne, elle a constamment
fluctué entre objectif humanitaire et realpolitik, au grand dam de la
délégation française qui n'a cessé de manifester
son soutien à un accès le plus large possible des médicaments
aux pays pauvres. En signe d'ouverture et pour éviter d'endosser la
responsabilité d'un échec, les Américains avaient suggéré d'élargir
la liste à quelques 15 maladies tropicales prévalant surtout
en Afrique.
Mais cet ajout a été refusé par les autres membres car
jugé trop restrictif par rapport au mandat plus large de la déclaration
de Doha.
Les mises en garde du nouveau directeur général de l'OMC, le
Thaïlandais Supachai Panitchpakdi, contre "le discrédit collectif" qui
menaçait les pays membres s'ils ne parvenaient pas à résoudre "ce
qui est davantage une question humanitaire qu'une pure question commerciale",
n'ont pas été entendues. "Les membres de l'OMC se sont perdus
dans des débats juridiques loin de l'esprit d'ouverture envers les pays
en développement qui avait marqué la réunion de Doha,
a estimé German Velasquez, coordinateur du programme d'action sur les
médicaments de l'OMC. Pendant l'année, on s'est perdu dans des élucubrations,
des débats juridiques de terminologie, de processus administratif, avec
des annexes, oubliant qu'il y a entre temps des millions de personnes qui sont
en train de mourir."
Les négociations reprendront en 2003. Le président du groupe
de négociation, l'ambassadeur mexicain Eduardo Perez-Motta, a indiqué qu'il
tenterait de trouver une solution à soumettre au conseil général
des 10 et 11 février.
Des ONG dénoncent la prééminence du profit. Act Up a accusé le
négociateur européen, Pascal Lamy, d'utiliser son mandat public
pour défendre, à l'OMC, "les intérêts privés" des
grandes multinationales pharmaceutiques et limiter l'accès aux médicaments
génériques des pays pauvres aux seules maladies qui menacent
la survie même de ces pays, "excluant ainsi 99 % des médicaments
qui seront alors réservés aux seuls habitants des pays riches".
L'Unité de recherche, de formation et d'information sur la globalisation
(Urfig), une organisation non gouvernementale basée en Belgique, a dénoncé pour
sa part l'attitude de l'Union européenne, pour qui "les profits plantureux
des industries pharmaceutiques doivent être protégés à tout
prix".
Les négociations de Genève ont échoué, poursuit-elle
dans un communiqué publié samedi 21 décembre, parce que
les pays riches, Union européenne et Etats-Unis ont préféré,
chacun pour leur part, prendre ce risque plutôt que d'accepter les attentes
légitimes des peuples du Sud.
Source
: article paru dans LeMonde.fr du
24 décembre 2002
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