| Pillage
de la République Démocratique
du Congo |
25
octobre 2002
-
Pillage de la République
Démocratique du Congo.
Le
groupe d'experts de l'ONU sur le pillage du Congo,
dans son rapport final remis lundi au Conseil de sécurité,
montre du doigt 85 compagnies qu'il juge en violation
des principes de l'OCDE, et cinq d'entre elles sont
des firmes minières du Canada.
Ce
sont First Quantum Minerals, Harambee Mining, International
Panorama Resources, Melkior Resources, et Tenke Mining,
selon une copie du rapport obtenue par La
Presse.
«Les principes de l'OCDE offrent un mécanisme pour
porter à l'attention des gouvernements hôtes leur
violation par des firmes qui y sont enregistrées.
Les gouvernements ayant juridiction sur ces entreprises
sont eux-mêmes complices s'ils ne prennent pas des
mesures correctives», affirment les enquêteurs, dirigés
par Mahmoud Kassem, d'Égypte, et incluant Jim Freedman,
du Canada.
Les trois quarts des firmes citées - et la liste n'est
pas encore complète, dit le rapport - sont enregistrées
en Amérique du Nord
(États-Unis et Canada)
et en Europe de l'Ouest
(France, Grande-Bretagne,
Belgique, Pays-Bas, Allemagne,
Finlande, et Suisse).
Les autres sont africaines
(Congo-Kinshasa,
Zimbabwe, Afrique du Sud,
et Ghana), avec une compagnie chaque en Israël,
en Chine, à Saint-Kitts,
aux Bermudes, aux îles Vierges britanniques, à Hong
Kong, en Malaisie et au Kazakhstan.
Cette longue liste de pays et de firmes multinationales
illustre à quel point a été «mondialisé» le pillage
de la RDC (République
démocratique du Congo), l'un des géants et l'un
des plus riches pays d'Afrique
en termes de ressources minières et naturelles.
Le rapport d'une trentaine de pages se lit comme un
roman de John
Le Carré, tant il s'emploie à décortiquer les
lacis de terreur, de vol et de corruption montés et
entretenus par ce qu'il appelle «les réseaux d'élite»
de petits noyaux de décideurs politiques, militaires
et d'affaires du Congo même, de l'«allié» zimbabwéen,
mais surtout des agresseurs et occupants ougandais,
rwandais et burundais.
Le rapport recommande d'ailleurs «des restrictions
financières» contre 29 compagnies, la plupart de la
région des Grands lacs, mais aussi plusieurs de Belgique.
Il propose des «restrictions financières» et «une
interdiction de voyager» contre 54 hommes d'affaires,
politiciens et militaires de la région, dont le Belge
George Forrest, les Russes Bout et Piskunov, l'Anglais
Heckie Horn, le Zimbabwéen John Bredenkamp, l'Israélien
Nico Shefer, l'Indien Sanjivan Ruprah, le général
James Kaberebe, chef d'état major du Rwanda, et le
général Salim Saleh, frère du président ougandais
Yoweri Museveni.
À l'heure où l'ONU se concentre sur la chasse aux
organisations terroristes et leurs complices, le rapport
recommande aussi le gel des avoirs des 54, et leur
boycottage et celui des firmes citées par les maisons
bancaires et institutions financières.
Selon les enquêteurs, qui ont déposé deux rapports
provisoires en avril et en novembre 2001, le pillage
des diamants, de l'or, du coltan, des forêts, du bétail
et du café congolais se fait de manière «systémique
et systématique», au moyen de pots-de-vin, de bradage
des infrastructures, de fraude fiscale, d'exemptions
douanières, de sanctions contournées, de détournements
de fonds publics, d'extorsions, de rançonnements,
et de distributions d'actions de «joint ventures»
par des réseaux qui «ressemblent de près à des organisations
criminelles».
Conséquence de ces «guerres lucratives qui s'autofinancent» :
plus de 3,5 millions de civils sont morts de «causes
indirectes» de la guerre depuis 1998 dans les cinq
provinces du Congo
oriental, dit le rapport, qui prend pour base
la conclusion de l'International Rescue Committee
(IRC). Celui-ci avait estimé en avril 2001 qu'en plus
du million de «victimes directes» de la guerre, 2,5
millions de civils, des enfants, des femmes et des
vieux surtout, avaient péri de «causes indirectes» :
déplacements forcés, malnutrition, maladies et manque
de soins.
Les ONG Partenariat Afrique-Canada
(PAC) et Global Witness ont salué le rapport final
du groupe d'experts de l'ONU. Mais ils ont demandé
que l'ONU impose le Processus de Kimberley au commerce
du diamant - permettant d'identifier l'origine précise
des pierres précieuses. Ils ont aussi demandé que
l'organisme de surveillance suggéré par les experts
pour mettre fin au pillage du Congo soit permanent
dans le cas du diamant.
La presse de Kinshasa ne parle que de ce rapport,
accentuant le rôle de responsables congolais comme
Mwenze Kongolo, ministre de la Sécurité, Jean-Charles
Okoto, président de la société d'État du diamant MIBA,
et l'homme d'affaires George Forrest. «Tous des pilleurs»,
clamait mardi Le Potentiel, tandis que La
Tempête des Tropiques dénonçait le silence du
régime Kabila et réclamait «une réunion extraordinaire
du gouvernement».
Source : Jooneed Khan
journal La Presse 24 octobre 2002